mercredi 20 septembre 2017

THe DeUCe, PoRNo suR 42nd STReeT


Mieux encore que Mean Streets, pour voir le New York des années sauvages dans toute sa crudité, il suffit de dénicher quelques porno filmés à Manhattan entre 1968 et 1975, avant que son industrialisation ne délocalise le genre à San Fernando et ne le dénature de son charme primitif. Ces bobines sont les témoignages sans concession d'un court instant durant lequel la législation ne s'occupa que de regarder ailleurs, tandis que la rue vivait au rythme effréné d'une époque en perpétuelle révolution.

La dope, la musique, le sexe, le besoin de vivre l'instant présent avec un temps d'avance sur le reste du monde firent de New York le pôle d'attraction de toute la frange la plus marginale d'une génération qui voulut s'émanciper du cursus standard de l'american way of life. Soudain, il fallait porter nippes à la cool, planer à chaque minute de l'existence et noyer son esprit dans les lueurs psychédéliques des boites à la mode. Les petites sœurs de l'Indiana, les paumées du Minnesota descendaient du Greyhound sur la 42ème, Natalie Wood à l'esprit et bientôt le diable au corps. Dans ce New York bon marché où tout s'achète et tout se vend, prendre une heure de son temps de glande pour se faire culbuter, face caméra, sur le canapé de Bob Wolfe, cela pouvait apparaitre comme une bonne affaire. Pour quelques dollars qui en valent d'autres, du stupre et des soupirs pour assouvir l'avide curiosité des âmes esseulées aux mains moites. 


Les loops, ces court métrages d'un quart d'heure filmés en temps réel, étaient alors destinés à alimenter les cabines de peep show. Le business de la branlette s'était fait mettre le grappin dessus par la mafia, de la même façon que le rock'n'roll lorsqu'il s'agissait de remplir les juke box. 
Chacun le sait, les quelques dollars qu'elle vous tend, la mafia se démerde toujours pour les récupérer avant même que vous n'ayez quitté le building. Les Lolita tournaient un film au deuxième étage, le dealer les attendait au premier. Rentabilité maximale. Et comme rien ne se perd et que les loops sont muets, les bande-sons servent de casse-croutes à des musiciens affiliés à des labels affranchis. Les rouquines de Hell's Kitchen font des turlutes sur du heavy funk à la carbonara, du bubble gum psychédélique à la Buddah Records.


Dès 1970, la production est saturée, il arrive des frangines de partout, accros à la dope, lassées de piétiner sur leur carré de bitume, tailladées par les macs à l'ancienne avec lesquels les heures paumées à comater sous morphine n'ont jamais fait bon ménage. Le porno est la solution, son expansion irrésistible. Le genre passe en 16mm sonore, envahit les cinémas, Butchie Peraino sort les talbins, Carlo Gambino réquisitionne les salles. Au diable les strip clubs, les dollars envolés pour apercevoir une paire de nénés. Sur le grand écran, c'est le vrai truc, du début à la fin, avec même quelques pratiques auxquelles on n'avait pas encore pensé. Rien n'est plus cool dorénavant que de passer une partie de la nuit à fumer des joints et descendre des bières à Time square, affalé devant un porno psychédélique dans un cinéma permanent sur the deuce. On rallonge les loops avec des scènes en extérieur, une clope qui s'échange, une rue qui se remonte, un plan fixe à Max's Kansas City, un traveling sur la faune, un argot sort de la rue.

Friedkin, Scorsese, Cimino, Paul Schrader, De Palma, Abel Ferrara puiseront tous à cette source. A ces pellicules rayées aux couleurs surexposées, au charme accrocheur des grains de peau sans fard, à la pale maigreur des corps contorsionnés, aux dégaines improbables, hautes en couleurs et constellées de froufrous bon marché. Et surtout à ce cinéma qui perce la bulle de l'intimité, à cette caméra qui se place là où la décence l'interdit, ose des angles de prise de vue à filer le vertige, des mouvements à la fluidité mal maitrisée, mais dont la liberté fera école.


Avant l’avènement du porno de San Francisco, avec ses hippies bucoliques détroussées de leur vertu par une ribambelle de bikers outrageusement alcoolisés, ses cheeleaders dévergondées plus épuisantes pour l'équipe de foot du lycée qu'un match de ligue, le porno de New York capta, sans la travestir sous un message ou un autre, la vérité de son temps. Ce mélange infectieux d'appartements sordides aux murs lépreux, de chop suey engloutis sous les néons hurlants. Ce décor de trottoirs bondés, martelés par des pas qui ne mènent nulle part, d'esprits corrompus par la dope, le vice et le rock distordu qui s'échappe sans discontinuer du cruising permanent du mâle américain en quête de cheap thrills crasseux, achetés au feu rouge, consommés dans la première dead end street aveugle. 


The Deuce, la nouvelle série HBO calibrée par l'équipe qui nous a donné The Wire et Treme, veut nous raconter tout cela,  téléporter le business de la 42ème rue jusqu'à notre ère en collant la moustache de Harry Reems à James Franco, une perruque blonde à Maggie Gyllenhaal. Le deal est-il possible ?
Difficile de répondre avec certitude après visionnage des trois premiers épisodes (sur huit pour la première saison). Les personnages sont stéréotypés, tendance fades, le scénario est d'une lisibilité qui fait peur. On sent que l'échec de l'alambiqué Vinyl pèse sur les intrigues, ici tout se devine à trois kilomètres à la ronde. James Franco, aussi soporifique qu'à l'accoutumée, malgré les amphétamines que son personnage gobe une scène sur deux, me fait redouter le pire avec le double rôle qui lui a été attribué (ou plus exactement qu'il s'est attribué lui-même, puisqu'il co-produit le show). Pas franchement le plus subtil sur le marché, le risque est grand de voir l'acteur cabotiner à qui mieux mieux pour s'en sortir avec cette histoire de frères jumeaux. Franchement pas une bonne idée.
Plus encourageante est la présence de Maggie Gyllenhaal, valeur sûre s'il en existe. Également productrice de la série, elle incarne à l'écran un personnage dont l'indépendance, largement surlignée dès ses premières scènes, pourrait évoquer le parcours historique de Sharon Mitchell.
Native du New Jersey, personnalité aussi bien bâtie que son corps est frêle, pionnière parmi les actrices porno, Sharon Mitchell a œuvré pour la considération des femmes dans un milieu pour le moins macho, avant de s'investir, dès le début de l'épidémie, pour que la profession prenne conscience de l'arrivée du sida et rende obligatoire les moyens de protections, test et préservatifs, ainsi que la prise en charge des infectés par le virus. Par son action, Sharon Mitchell a sauvé un nombre incalculable de vie, tout en continuant son métier d'actrice porno, ne devenant jamais autre chose que la grande dame qu'elle n'a cessé d'être. Il serait incompréhensible que son parcours ne serve pas de pivot à The Deuce.



Les autres rôles en sont pour le moment à se marcher sur les arpions. Margarita Levieva, la pimpante étudiante qui se détourne de son ennuyeux petit univers de conformisme bohème en jouant la fille de l'air. Emily Meade, la tapineuse fraichement débarquée de son bled mise au turbin par un pimp aussi caricatural qu'interchangeable. Deux têtes de poupées dotées d'un charisme d'endive. Force est d'admettre que tout ça n'est pas reluisant. Le rendu sur l'écran est lisse, les reconstitutions sont propres, trop propres pour être crédibles. L'absence de rythme n'est qu'une moitié de surprise vu que ni The Wire, ni Treme n'étaient menées à un train d'enfer, sauf que cette fois on n'est pas dans une enquête au long cours, encore moins bercés par les cuivres chauds de Big Easy. On est censé être au cœur de la ville qui ne dort jamais, dans un milieu où le speed s'avale entre deux rails de coke. Et il ne faut pas compter sur la bande son pour nous sortir des limbes du premier sommeil, la musique est aux abonnés absents et les bruits d'ambiance auraient eu plus de dynamisme s'ils avaient été capté dans ma rue, un soir de Saint Louis. La présence de Method Man en caution street credibility à 20 piges de retard, l'arrivée de l'omnipotent Chris Bauer en contremaitre de chantier n'annonce pas de grandes subtilités et reluque à plein nez un savant mélange de Dernière sortie pour Brooklyn et de son rôle de docker syndicaliste dans The Wire.  
The Deuce en dit finalement plus long sur notre époque que sur celle de l'action. Pas un chicot jauni, pas une coupe de cheveux qui ne soit faite au laser, les jeans déchirés sortent de Kiabi, les chemises sentent la soupline, jamais le tabac froid, les cuirs sont flamboyants, pas l'ombre d'un herpès sur la moindre pute. On est mal barré.




Et ce serait foutrement regrettable, si la série ratait le coche. L'idée est tellement bonne, enfin donner l'éclairage mérité à cette partie honteusement ignorée de la rock culture. Il y aurait tant à raconter, tellement de destins se sont croisés. Celui de Valerie Marron est de ceux qui louvoient sans cesse entre le milieu musical et celui du porno. Abusée depuis l'enfance par son beau-père, elle fugue à seize ans, direction les rues de Manhattan où elle fréquente le CBGB et se met à la colle avec Mickey Ruskin, propriétaire, de plus de vingt ans son ainé, de Max's Kansas City. Comme le hasard fait bien les choses, le club sert régulièrement de décor à des tournages de porno et Valerie Marron, décomplexée, potelée et sexy, a le profil idéal pour le rôle. Toujours mineure, à une époque où ça ne gène ni Roman Polanski, ni grand monde, elle joue dans quelques unes des plus significatives productions de Big Apple, dont Wet Rainbow, un 35mm de 1974. Un an plus tard sur le plateau de Christy, la môme se lie à Andrea True, une bourlingueuse des tournages depuis le milieu des années 60, les deux délurées se découvrent le même engouement pour la musique et décident de se lancer. C'est Andrea true qui décroche la timbale en 1976 avec le single disco More, more, more. Le succès est mondial, les deux copines mènent la grande vie et font tous les excès qui vont avec. En 1978, désormais junkie, Valerie Marron devient la maitresse de Félix Pappalardi, rencontré pendant l'enregistrement de We Have Come For Your Children, l'album de ses copains les Dead Boys que produit l'ancien bassiste de Mountain. Leur amour adultère sera lourdement plombé par l'autodestruction, mais tiendra bon jusqu'à ce qu'en 1983 la femme de Pappalardi, lassée d'être mise sur la touche, n'y mette un terme en collant une balle dans la tête de son mari. Je vous épargne la chute de l'histoire, on ne la connait que trop bien. Si avec un destin comme ça, on ne fait pas un bon scénario, alors c'est à n'y plus rien comprendre.



Il faudrait aussi évoquer Radley Metzger, qui fut au porno new yorkais ce que le Studio 54 fut à la virée nocturne, un sommet d'esthétisme de la débauche. Barbara Broadcast, The Opening Misty Beethoven ou The Private Afternoons of Pamela Mann sont autant de films dont la sophistication n'a rien à envier aux canons du cinéma mainstream. En 1975, il adapte L'image, le roman sado maso de Catherine Robbe-Grillet, femme du réalisateur de Glissements Progressifs du Plaisir
Avec Radley Metzger, le genre du film se définit par l'histoire, si elle nécessite des scènes de sexe qualifiables de pornographiques, alors il en tourne sans mettre de gants. Dans le cas contraire, ses films en sont dépourvus. Il révèle des actrices uniques dans leur style, à la beauté jamais conventionnelle, Terri Hall, Constance Money, Annette Haven, Day Jason ou Lynn Lowry que l'on retrouve dans le fabuleux Sugar Cookie de Theodore Gershuny, thriller érotique dans le milieu de l'art new-yorkais. L'occasion de croiser la glaçante copine de Lou Reed, Mary Woronov, ainsi que l'une des plus délicieuse pionnière du porno, Jennifer Welles, par ailleurs immortalisée sur la pochette d'Electric Ladyland. C'est une histoire sans fin.
 

Si jamais The Deuce tourne au fiasco, on pourra aussi se consoler avec l'exact inverse des  films de Radley Metzger : Forced Entry de Shaun Costello. Un furieux porno de 1972 mettant en scène un vétéran du Vietnam écœuré par la dégénérescence du monde qui l'entoure. Rendu psychotique par la dislocation des valeurs américaines, traumatisé par la guerre, le type ne se rase pas les tempes, ni ne fait le cador devant son miroir de salle de bain, mais viole et assassine toutes celles, nombreuses, qui lui apparaissent comme un peu trop libérées. Avec son éclairage blafard dépourvu de nuance, ses crimes sanguinolents, ses scènes hardcore et ses baisers nécrophiles entrecoupés de scènes de documentaire du Vietnam sous napalm, Forced Entry donne à La Dernière Maison sur la Gauche de Wes Craven, de même qu'à l’œuvre la plus extrémiste d'Abel Ferrara, des airs de sitcoms débonnaires. Le New York des enfants des ténèbres n'est pas à chercher ailleurs. 



Forced Entry aurait pu ouvrir une porte, faire que le porno s’intègre dans un registre plus large, pourtant, à l'exception de Richard Kern et sa muse Lydia Lunch, aucun des réalisateurs directement issus du monde qu'il avait contribué à accoucher, celui du punk new-yorkais, n'osera franchir le Rubicon et, si la violence fera recette, l'acte sexuel redeviendra sujet tabou. Jamais il ne quittera le ghetto.
La symbolique veut qu'une inutile version soft de Forced Entry, avec Tanya Roberts et Nancy Allen, sera tournée deux ans après l'originale. Soft comme The Deuce ? L'enquête suit son cours.


Hugo Spanky


25 commentaires:

  1. Il a l'air bien trash effectivement ce Forced Entry. Et bien qu'il me donne envie de le voir, mais avec un soulagement non feint c'est bien que le genre ne se perpétue pas comme tu le souhaites, car ensuite nous allons droit sur le snuff movie.
    Pour la série j'ai ressenti la même chose, et les multitudes de poubelles -propres- n'arrangent pas la sauce. Et si ce que tu penses à propos des rôles de Franco et Maggie Gyllenhaal s'avère juste, je serai encore plus déçue

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    1. Rassure toi, Forced Entry n'est pas à la limite du snuff, vu le jeu d'acteur de Harry Reems on est même parfois proche du loufoque.))) Ceci dit, ça ne rigole pas trop. L'une des nanas de la scène finale est franchement exceptionnelle de réalisme, mais t'inquiète, j'ai le dossier en vostfr )))) Ce que je veux dire par intégrer un registre plus large, c'est plus faire ce que Cronenberg a été l'un des rares à oser avec Rage (avec Marilyn Chambers, comme par hasard). Ça lui a valu d'être censuré, mais son film allait là où l'histoire le nécessitait, contrairement à ceux d'Abel Ferrara dans lesquels tu sens toujours le frein à main. Abel, il joue les gros méchants new-yorkais mais quand il s'agit de vendre ses films aux producteurs, il fait le canard ))))

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    2. Oui c'est vrai. Ce Ferrara est une trompette ! ;))

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  2. Hé hé! J'étais certain de te retrouver sur ce coup là! Je serai moins sévère que toi sur ce coup là. Bon, je dois avouer que je n'ai pas encore visionné le second épisode, mais je me suis régalé avec le premier et j'ai retrouvé la patte de Simon et Pellecanos. Je croise également les doigts pour que l'ensemble ne vire pas comme vinyl qui reste pour moi une très grosse déception, à l'exception du fameux pilote dirigé par Scorcese et qui semblait tout donner... trop vite!
    Allez, donnons encore sa chance au produit, fils!

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    1. Après deux épisodes, j'ai bien peur que l'affaire ne soit pliée. Ou alors, il va falloir un sacré miracle au troisième épisode. Je sais pas moi, qu'ils froissent les uniformes des flics, qu'ils balancent des papiers gras sur les trottoirs, voire que les nanas aient des taches suspectent sur leurs impeccables panoplies de bad girls. Qu'ils foutent des auréoles de sueur sous les bras des chemises de James Franco, bordel, le mec bosse dans un bar bondé toute la nuit et il est toujours nickel chrome ))))
      Bon, va pour une chance, mais c'est la dernière avant que je n'écrive à Télé Poche pour me plaindre.

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    2. Non franchement c'est mal barré. Et même dans vinyl que j'ai beaucoup aimé, les reconstitutions années 70 me gênent toujours, elles sonnent souvent -pour ne pas dire toujours- faux (à de rares exceptions près). J'en sais plus sue le sujet, et j'ai l'impression d'être plus proche de la vérité avec Pierre Bellemare et ses enquêtes impossibles quand il aborde le sujet des frères Mitchell.

      Et en parlant de vérité, il se trouve qu'entre hier et aujourd'hui, j'ai vu Forced Entry et je suis encore sous le choc. C'est le meilleur film sur le trauma du Vietnam que j'ai jamais vu de ma vie, et le plus authentique qu'il m'ait été donné de voir sur le New York des années 70. Nous sommes dans l'épicentre de la bête. La vitesse, l'anonymat, le bruit, le désordre... même si TOUT le monde ne le vivait pas comme ça, il s'agit d'UNE vérité. Et pour ne rien gâcher, on dirait presque un documentaire tellement les acteurs sont naturels.

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    3. Si tu savais combien ça me fait plaisir de lire ça )))) Forced Entry, c'est un peu la base de tout ce sur quoi je rabâche (parfois). La matrice originelle de ma colère. Il date de 1972, c'est pas difficile de compter ceux qui étaient là avant sur ce registre. Tout ce qui suit comme cinéma urbain lui doit quelque chose, et en même temps dévalorise son héritage en gommant des aspérités, en nettoyant le décor, en épurant le scénario, en fardant les acteurs, en adoucissant le propos. Le timing aussi est fabuleux lors des premières scènes, la façon dont il piétine avant de réussir à entrer dans l'appartement, fait prendre conscience du pas à franchir entre le voyeur et le tueur. Ça rend tout tellement plus vrai.
      C'est aussi le premier film a aborder la question du retour du Vietnam avec son lot de traumatismes et l'abandon qui a été celui de tous ces gars lâchés dans la ville sans plus de considération que de suivi psychiatrique. C'est fou que ce soit le porno qui se soit penché sur la question et en même temps ce n'est pas surprenant tellement les protagonistes du genre étaient partie intégrante de la rue et de sa faune. C'est surement en cela que The Deuce est le plus décevant, dans cette distance, cette incompréhension du sujet abordé. On ne peut pas filmer le monde du porno new-yorkais comme on filme le reste. Impossible. C'est comme si ils avaient collés Charlie Oleg en bande-son de Treme.
      Forced Entry, c'est aussi une centaine d'idées de réalisation pour chaque plan, chaque scène, on y trouve tant de chose qui seront reprises ensuite et d'autres qui sont reprises du cinéma des années 30. Il y a une culture qui se transmet dans Forced Entry et une autre qui se créée en parallèle.
      Pour finir avec son caractère hors du commun, il faut savoir qu'il a été tourné en un jour et pour 6200$ par un mec de 28 ans entouré d'un acteur (fabuleux Harry Reems, finalement pas loufoque du tout dans son jeu) dont la seule expérience était les loops de la 14th rue et de quelques actrices qui n'en savaient pas plus, sinon qu'elles sont d'un naturel confondant, d'une véracité inqualifiable. Et quel bonheur de voir des FEMMES ! Avec de la cellulite, les nichons qui pendent, du gras là où c'est tendre et des poils là où ça compte )))
      Monsieur Costello, merci.

      Pour les reconstitutions des 70's, laisse tomber. On dirait simplement que c'est plus possible, que la volonté actuelle de vendre du "vintage" impose de trop nettoyer la place. Il faut que tout est du charme, alors que justement le charme de cette époque c'est d'en avoir aucun. De n'être qu'accumulation de gravats arpentés par des zombies, saturés par l'agressivité des néons publicitaires de Time square, le racolage permanent. C'était l'ère des climatiseurs en panne (on reconnait un bon film à ça, quand la grille de la clim traine par terre, inutile et vaine), des futals en velours côtelés aux côtes limées jusqu'à laisser entrevoir l'épiderme, des coutures de fermetures éclaires qui se barrent en sucette, mais que c'est pas grave parce que c'est la fermeture éclair qui fait le style...)))
      Qu'ils aillent se faire endoffer avec leur série à la con.

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    4. ahah ! J'aime ça aussi quand les grilles de clim trainent par terre. Les acteurs qui s'essuient sans cesse le front avec des mouchoirs sans que jamais leur sueur acre ne s'éponge. DES MOUCHOIRS !!!! ;))))
      Mais le plus fou comme tu dis c'est que ce soit le porno qui s'y soit penché dessus et en a fait un des meilleurs film du genre ;)) Et ces pauvre types, ces vétérans, lâchés lâchement dans une société qu'il avait défendu à perdre la vie et la raison et qu'il ne reconnait plus et inversement.. c'est insensé dans tous les sens du terme. On retrouve ça également dans Joe, c'est aussi l'Amérique de John G. Avildsen, qui a aussi fait Rocky, c'est pas un hasard.
      Il y a un film que j'avais bien aimé à ce sujet aussi c'était Le retour de Hal Ashby, mais bon du coup après Forced Entry si tu veux euh... ;))) Comme Combat Shock que j'avais commandé chez Troma, un peu comme si Henry Spencer avait fait le vietnam lui aussi, alors imagine... mais du coup il tombe à l'eau, c'est pareil ;))

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    5. Troma, bof. A la limite je préférais leur première incarnation lorsqu'ils faisaient des comédies débiles à la Porkys, c'était digne de Jersey Shore Shark Attack ))) Alors que leur surexploitation de Toxic Avenger, ça fait un peu cultobranchouille pour des gonzes qui jouent aux éternels ados. Mais bon, je peux comprendre qu'on aime (en faisant un effort, et parce que c'est toi, hein..)))

      John Avildsen, c'est déjà autre chose. Joe, c'est un foutu film qui tape dans le mille. Le conflit de dégénération ))) Rocky j'en parle même pas et en prime c'est lui qui s'est collé à The Neighbors, le dernier film avec John Belushi (et Dan Aykroyd et la divine Cathy Moriarty). Il a aussi fait les Karaté Kid dont j'ai souvent entendu du bien, mais que j'ai jamais vu.
      Il me fait la même impression que Don Coscarelli avec Bubba Ho Tep. Tu les vois pas venir ces mecs là tellement c'est des besogneux et d'un coup, blam, ils te pondent un truc de malades !
      Et sinon, t'as vu il est mort cet été, Avildsen, et y a pas eu une chaine pour diffuser Joe. C'est bien des cons.

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  3. Dès qu'on parle de l'histoire des États-Unis, ça m'intéresse !!!

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    1. Je sais que tu es intransigeant avec la Culture, et c'est tout à ton honneur. C'est la raison pour laquelle je m'impose une telle rigueur éditoriale. On n'est pas au Cabinet des rugosités, ici, on ne racole pas le chaland en mettant Paris Hilton à toutes les sauces !

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    2. ahah ! Elle serait née à cette époque je l'aurais mise en tête de gondole figurine !

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  4. Ehhh, voilà Ranz, le film que je cherche depuis longtemps, on en a déjà parlé.. le truc New York où ça vire hippie et tt le monde baise ds les rues à la fin.. c'est avec Sharon Mitchell.. jeune, comme sur ta photo .. reste à trouver le titre..sa filmographie est bien chargée ;D

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    1. Des pornos où tout le monde baise à la fin, c'est clair qu'il y en a un paquet. Dans la rue, c'est déjà plus rare. Et comme tu as du bol, Sharon Mitchell a relativement vite adopté une allure garçonne à cheveux courts, ce qui fait que des films où elle ressemble à la photo où elle est seins nus (ou celle avec son petit haut rose), il n'y en a pas des centaines. Juste quelques dizaines...)))
      Tu peux commencer par Joy de 1977, c'est celui dont sont tirées les photos. Elle a, entre autres, une scène dans le métro de New York et il y a pas mal d'extérieurs. Et si c'est pas celui là, tu passeras quand même un bon moment.)))

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    2. ça avance, mais j'ai tjrs pas le titre du film. Je suis tombé sur 2 extraits.. un où elle se fait violenter par un black newyorkais dans les escalier d'un immeuble avec menotte etc etc. Puis un autre où un flic lui rend visite à l'hôpital.. turlutte sympa, pistolet en sex toy etc etc. Bon j'y retourne ;D

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  5. Wouahhh. Pour l'article mais pas que. Je serai bien curieux de connaître les arguments qui ont fait signer ne serait ce que l'idée. C'est un piège cette idée: atténuer le sujet c'est le tuer, coller à la réalité que tu décris, hum, invendable. C'est ce que j'aurai pensé même sans ton article. J'aurai aimé me tromper.
    Au mieux ils auraient dû confier le sujet à un moraliste bien frustré. Un Shrader partagé entre regardez l'horreur que c'était, et en mettre le paquet, bien documenté, pour convaincre. Peut-être auriez vous soufflé l'idée de la clim au sol. Je t'aurai bien vu conseiller sur ce tournage.

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    1. Sans préciser si il avait vu Forced Entry, Paul Schrader a déjà évoqué le fait qu'il passait son temps défoncé dans les cinémas porno de New York lorsqu'il a écrit le scénario de Taxi Driver. Vu les similitudes entre les deux histoires, on peut penser que ce n'est pas un hasard. De la même façon, on retrouve aussi des points communs avec Voyage au bout de l'enfer d'un autre new-yorkais, Michael Cimino.
      Le cinéma porno a servi de laboratoire expérimental à pas mal de monde, Wes Craven en a notamment réalisé plusieurs sous des pseudos et Shaun Costello, qui a réalisé Forced Entry, a bossé dans l'ombre sur pas mal de réalisations classiques (et aussi sur le Saturday Night Live).
      Il n'y a guère que dans l'esprit des censeurs et d'une partie du public que le porno a été ostracisé.
      Pour en revenir à Schrader, c'est clair qu'une approche à la Blue Collar aurait eu de la gueule, mais le casting n'aurait pas fait long feu )))

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  6. ha ha ha elle est marrante celle là "Forced Entry aurait pu ouvrir une porte" ... mais moins drôle ton argument "enfin donner l'éclairage mérité à cette partie honteusement ignorée de la rock culture" ... t'as pas l'impression d'exagérer un tout ptit pneu ? ... je veux dire freine ... c'est pas parce qu'une de ses origines nominale est "baiser" que le porno est nécessairement lié à la euh "rock culture". à une certaine époque, certes, sans aucun doute. tu veux le fond de ma pensée ? (vrai ? sympa) ... le binz, ce fatal coup du destin qui donc nous ramène à ce pan de réalité sur le boum boum han han, m'agace ... si le rock actuel est souvent médiatisé comme du lourd (hard rock, hard core) et bien c'est certainement lié quelque part à cette prise de conscience, et je pense qu'il est temps de donner un éclairage mérité à cette partie honteusement ignorée de notre rock culture. bref, je tiens a prendre mes distances entre les deux actes, si c'était moins la misère ce serait plus rock'n'roll et moins porno. nous on veut du concret et que ça vibre. et comme tu n'as pas pris la peine de parler des pauvres acteurs exploités, souvent obligé de bander sur commande (et avec capote), je m'en charge, et en musique : https://www.youtube.com/watch?v=VnU30qIwAOA (attention c'est du lourd)

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    1. T'es dur à suivre sur ce coup là, mais je vais tacher de piger. Donc, le porno ne serait lié qu'à une certaine époque de la rock culture, mais si aujourd'hui le rock est aussi naze c'est à cause du porno ??? Bon.
      Je pense que de nos jours les films et la musique sont effectivement similaires dans leurs évolutions respectives, des produits formatés avec des protagonistes dépourvus de la moindre personnalité. Dans les deux cas, je ne crois pas, hélas, que ça se limite au hard. Et je ne crois pas que le rock'n'roll le serait plus si il était moins porno. Ou alors on n'en a pas la même conception.
      Le rock et le porno font physiquement bon ménage depuis, au moins, la Factory (et dans la fantasmagorie depuis le Blues). Un réalisateur comme Shaun Costello a un parcours qui fait de lui (à mes yeux du moins) un rocker bien plus crédible que celui de bon nombre d'entre nous. Tu crois quoi ? Que dans les trois rades qui accueillaient la faune de Manhattan, les gars se snobaient entre eux parce que les uns faisaient de la guitare et les autres du porno ? C'est au contraire ce bouillon de sous cultures qui a fait la notre. On ne peut pas saisir les seventies en cloisonnant les gens.
      Après tout, Marilyn Chambers n'est jamais que la sœur du clavier des Remains.

      Et si tu connais quelqu'un qui veut se payer le vinyl des Mad Daddys, tu me le dis, ça fait des mois qu'il traine dans mes bacs. C'est jamais que le pire album des Cramps )))

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    2. Si faut cloisonner justement. Arcade mélange les torchons avec les serviettes et faut tout relaver.
      Déjà il faut se repositionner dans une époque avec tous ses dénominateurs -et détonateurs- communs, comme il est précisé entre 1968 et 1975.

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    3. (Suite. Mon com est parti tout seul).
      Il se trouve que le refuge des uns a souvent été le repaire de autres, et heureusement ou malheureusement, la prostitution et la musique ont toujours étés étroitement liés (Billie Holliday etc etc.. ), mais ce qui s'est produit dans ce laps de temps, est du domaine organique. Peut-être même que ça coïncide avec le début de la sur consommation.
      Alors Pascal Arcade, c'est pas que tu mélanges tout, c'est que tu comprends rien !
      ^^

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    4. La prostitution et la musique sont tellement liées que l'on ne sait plus qui est qui. Bruce Springsteen fait carrément des passes à 800 plaques sur Broadway ))))

      Tu assaisonnes Pascal Arcade mais n'empêche qu'il aurait donc pu être scénariste de The Deuce )))) Hahaha, j'en peux plus de cette série. Plus la saison avance et plus ça tourne à la farce. Déjà l'épisode 4 (sur 8) et il ne se passe plus rien sinon d'interminables séquences de cabotinage de la part des deux co-producteurs, Maggie Gyllenhaal et James Franco. Ça navigue à vue, James Franco ouvre un nouveau bar tous les deux épisodes, les ouvriers sont honnêtes, les syndicalistes luttent contre la mafia (!) et les macs applaudissent la seule pute qui se passe de leurs services (vous aurez deviné qui joue le rôle))))
      L'histoire du porno ? Où ça ? Ah oui, derrière la porte verte à gauche au fond du couloir, sans doute. Malheur, c'est plus des détours qu'ils font, c'est de la prestidigitation.
      C'est pas avec cette daube que le débat va s'éclaircir. En tout cas, t'as raison de pas confier tes serviettes à Arcade, il se met torchon à la moindre occasion ))))

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  7. c'est à dire que c'est bien une histoire de mélange quand même ... pour la chose rock je voulais dire médiatiquement, dans l'imaginaire collectif ... le pornard de ton article oui c'est lié à une époque et l'impact était plus fort, ça explosait certaines moeurs au grand jour. maintenant c'est comme une chaine de tv en continu sur le net et c'est moins clair(normal dans ces cas la on baisse un peu l'hallogène) et plutôt du sport (comme le rock media actuel) pour ados le porno. je trouve pas ça forcément sexy. de bonne parties de jambes en l'air je vous souhaite.

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    1. Là on est bien d'accord. Le porno industriel que l'on a vu devenir outrancier depuis les années 80 est aussi ridicule qu'inutile. Hélas, il a contribué à établir une somme de stéréotypes féminins qui se sont propagés dans la société jusqu'à en devenir une forme de norme. Remarque que je dis féminin, mais même les mecs adoptent dorénavant des horreurs comme l'épilation totale. On est dans une ère finalement très contradictoire où chacun veut briller sous les feux de la rampe, non plus en se distinguant des autres, mais en adoptant les mêmes codes.
      Là où la nudité était une forme de revendication de nos différences naturelles, elle est devenue une démonstration du conformisme superficiel (voir clinique, car finalement botox ou piercing, silicone ou tatouage, tout ça tient de la chirurgie).
      Pour toutes ces raisons, le porno des 70's est peut être le dernier témoignage de ce que fut l'être humain avant sa mutation en crétin décérébré dépourvu de particularité physique naturelle.

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  8. un de ces 4 on va voir le rouge & jaune de ce blog virer pourpre et noir. t'as des envies d'anneaux dans l'pif toi en ce moment ? si tu veux je te troque ton mad daddys contre une veste faux cuir style matrix seconde main en parfait état. salut à gotham massilia !

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