vendredi 2 juin 2017

ELiZaBeTH sHoRT


Un crime qui fait se mélanger des éléments et des personnes aussi disparates que la haute bourgeoisie hollywoodienne, Le Marquis de Sade, John Houston, Mickey Cohen (et par extension la Mafia), Le boucher de Cleveland, le LAPD, des filles à soldats, les Mama's and Papa's, qui trouve son origine dans des photos de Man Ray et offre en héritage le sourire du Joker, un roman de James Ellroy, un film de Brian DePalma, des centaines de livres d'enquêtes et des dizaines d'aveux souvent farfelus, ne peut qu’attiser ma curiosité morbide pour les tueurs sadiques et l'insondable détresse de leurs victimes. Raison de plus, lorsque la victime est dotée d'un immarcescible charme, auréolée d'un mystère qui hante, dans les nuits sans sommeil, ceux dont l'irrépressible besoin de justice voudrait en déchirer le voile, laver de l'immonde affront qu'elle a subi l'âme violée d'Elizabeth Short. Faute d'avoir pu la protéger dans ses abominables moments de supplice.

Le sinistre massacre d'Elizabeth Short donna naissance au mythe du Dahlia Noir. Par sa noirceur, son abomination, il y a fort à parier qu'il sera plus tenace encore que celui voué à Marilyn Monroe. Même si le visage ravagé par les coups d'Elizabeth Short parait peu destiné à finir imprimé sur des mugs, ce serait mal connaître notre époque que de dire que ça n'arrivera jamais.

 
Il faut remonter aux années 30 et contempler les créations photographiques de Man Ray pour trouver le premier germe de l'esthétique toute particulière de ce meurtre qui peut être perçu comme une œuvre artistique conçue avec un matériau humain non consentant. 
Il faut remonter plus loin encore, jusqu'au Marquis de Sade, pour découvrir l'inspiration des tortures subies, des heures durant -peut être des jours- par la jeune femme, vraisemblablement attachée, bras et jambes écartés, le corps en partie dans une baignoire, dans une position si peu naturelle qu'elle laissera à son bassin une déformation post-mortem. Brûlures de cigarettes, lacérations du visage, coups de couteau au pubis, plaies béantes, incision des chairs, amputation d'un sein, ingestion d'excréments, rien -et plus encore- de ce qui fascina Pasolini pour son adaptation des 120 journées de Sodome ne fut épargné à Elizabeth Short, avant que son visage ne soit réduit à un amas d'os brisés. Ultime souffrance qui lui apporta la délivrance. Mourir, enfin. 


Pourtant, le sacrilège n'allait pas s'arrêter là. Du cadavre, l’assassin fit sa création, laissant libre cours à ses obsessions pour les travaux de Man Ray. A tel point que celui ci fut soupçonné d'avoir participé au crime et jugea plus prudent de retourner vivre en France jusqu'à la fin de ses jours, au milieu des années soixante-dix. Sans que jamais la suspicion ne soit incontestablement levée. Les similitudes sont frappantes entre la façon dont le tueur positionna la partie haute du cadavre tel qu'il fut retrouvé au petit matin du 15 janvier 1947 en bordure d'une rue de Los Angeles, et la photo de Man Ray nommée Le Minotaure. Dans les deux cas, le torse de la femme -cadré à hauteur de la taille, l'endroit auquel le corps d'Elizabeth Short fut sectionné en deux- forme le visage de la bête mythologique dévoreuse de vierges, tandis que les bras en incarnent les cornes. 
Autres similitudes avec des réalisations de Man Ray, les lacérations sur le visage d'Elizabeth Short, qui prolongent sa bouche en incisant ses joues, ne manquent pas d'évoquer ce que suggère le cliché Noire et Blanche et que sur-multiplie l'immense bouche qui obstrue le ciel des Amoureux. Quant à la série de 1929 Les fantaisies de Monsieur Seabrook, elle fait froid dans le dos tant elle semble proche de ce que dû être la scène de la mise à mort.


Crime artistique, obsession névrotique, découpe chirurgicale du cadavre vidé de son sang, les organes internes lavés, le meurtre du Dahlia Noir est difficilement imputable à l'imaginaire, formaté par les séries B des cinémas de banlieue, d'un petit malfrat armé d'un stilleto et d'une scie égoïne.

Parmi les innombrables livres de toutes sortes consacrés au sujet, il convient d'en écarter l'immense majorité. Beaucoup ne sont qu'appâts au sensationnalisme de pacotille, ouvrages dépourvus de fond, basés sur ragots, commérages et balivernes de témoins en mal de reconnaissance. Délaissant galéjades et légendes urbaines, trois ouvrages se distinguent du lot. Le plus célèbre, et aussi le plus passionnant à lire, est le chef d’œuvre de James Ellroy, titré sans surprise : Le Dahlia Noir
Bien que qualifié de roman, il est le fruit d'une enquête minutieuse sur l'affaire en elle-même et sur les années dont elle est contemporaine. Véritable plongée au cœur du plus noir des hommes et d'une ville alors territoire de choix pour les esprits pervertis, libres de donner cours à toutes leurs déviances pour si peu qu'ils aient de quoi soudoyer une police ne demandant qu'à croquer avec un appétit féroce dans les fruits les plus défendus.
Le roman de James Ellroy est glaçant, implacable dans son cynisme et nourrit par une rage intérieure qui ne fait aucun quartier. La véracité et la fiction se tutoyant tellement dans cette histoire déformée par le prisme des preuves détruites, des témoignages sciemment perdus, que l'on peut penser que le livre d'Ellroy égraine plus de vérités que l'enquête menée en son temps par le LAPD.


 

Plus troublant encore est l'ouvrage signé par Steve Hodel : L'affaire du Dahlia Noir. Ancien flic du LAPD, l'auteur démontre avec une implacable assiduité que le tueur n'est autre que son propre père, George Hodel. Et c'est plausible. Homme trouble s'il en est, fréquentant les milieux les plus extrêmes de la cité des anges, mafieux dans une main, nantis dans l'autre, le docteur chirurgien Hodel invite tout ce qui se fait comme âmes damnées à venir consommer au sein de son enfer personnel, la Franklin House, les délices interdits du sexe outrancier sublimés par les vapeurs d'opium, de marijuana, d'alcool chic et de drogues pharmaceutiques. George Hodel, autoritaire, maniaque et tortionnaire de ses enfants comme de ses multiples femmes, ira jusqu'à offrir, et s'offrir, sa propre fille Tamar Hodel. Celle par qui le scandale faillit arriver.
Elle a moins d'une quinzaine d'années lorsque Tamar tombe enceinte de son père. Avortée illégalement et sans grand ménagement, la jeune fille fugue et se fait arrêter par une patrouille de police à laquelle elle s'empresse de raconter son calvaire. George Hodel se retrouve devant le juge pour une accusation d'inceste seulement deux ans après avoir été suspecté dans l'affaire du Dahlia Noir et cinq ans après l'avoir été pour le meurtre par overdose de sa secrétaire. Cultivé, arrogant, fasciné par le roman de Ben Hecht Fantazius Mallare (et sa suite The Kingdom of evil), ami de Man Ray, d'Orson Welles, marié avec la première femme de John Houston, avec tous ceux là il entretient des rapports dépassant la simple camaraderie et partage la même fascination pour les écrits de Sade. Le Docteur George Hodel est aussi fascinant que dangereux. Il tient à jour ses dossiers, soigne les maladies vénériennes du décadent who's who hollywoodien, supervise un réseau d'avortements clandestins, recrute dans les bars borgnes, puis fait disparaître, jeunes fugueuses, filles-mères, droguées et autres paumées qu'il utilise comme chair à plaisir dans les soirées mondaines organisées dans les dédales et pièces aveugles de la Franklin House. Les secrets qu'abritent les nuits blanches de sa sépulcrale demeure ne sont pas de ceux qui doivent connaître les lueurs du jour.



Chacune des accusations dont il fit l'objet fut étouffée, et ce sera sa fille Tamar qui se retrouva en centre pour délinquants, désignée mythomane calomnieuse. Forgée dans un tel contexte, elle s'illustrera plus tard comme une muse de la scène rock californienne lorsqu'elle prendra sous ses frêles ailes la toute jeune -et orpheline de sa mère depuis l'âge de 5 ans- Michelle Phillips au moment où celle ci éclot au sein des Mama's and Papa's. Mais c'est une autre histoire, elle aussi dotée de son lot d'accusations sordides. La propre fille de John Phillips ayant révélé, après qu'il soit mort, que le chanteur aurait abusé d'elle durant de nombreuses années, provoquant ainsi, puis partageant, sa toxicomanie.


A charge envers George Hodel, dressant le portrait d'un homme envieux, vivant dans l'ombre des plus audacieux créateurs de son époque, sans jamais les égaler malgré son ambition, proposant une démonstration et une somme de preuves peu discutables sur sa culpabilité dans le meurtre de Elizabeth Short, le livre de Steve Hodel commence par une prise de conscience dont je réfute toutefois la pertinence. Les doutes de l'auteur prennent naissance à la mort de son père (à 91 ans à Hawaï), lorsque son ultime belle-mère lui remet un carnet de photos auquel son mari semblait particulièrement attaché. Il découvre ainsi deux clichés d'une femme, jeune, belle, dont le visage lui rappelle celui d'Elizabeth Short, au point qu'il se convainc que c'est bien elle. Ce sera l'élément de départ de son enquête et de la série de découvertes qui vont forger ses certitudes.
Je ne remets en cause aucune d'elles, sinon qu'il ne s'agit pas, selon moi, d'Elizabeth Short sur les photos, mais de Meret Oppenheim, l'androgyne plasticienne affiliée aux surréalistes français, celle là même qui posa sur la photo Noire et Blanche de Man Ray et plus largement sur toute sa série Érotique Voilée. J'en arrive à la conclusion que c'est la ressemblance entre les deux femmes qui amena George Hodel à utiliser Elizabeth Short pour, dans son esprit malade, donner corps et réalité à l’œuvre fantasmatique des photographies de Man Ray.
Voila pour ma part de suggestions.



Autre auteur, autre ouvrage, autre conclusion avec le spécialiste français des tueurs en séries Stephane Bourgoin, dont la compagne fut victime de l'un d'eux en 1976 à Los Angeles. De ce malheur, naitra chez lui un irrépressible besoin de comprendre le mécanisme de ces hommes chez lesquels toutes les notions d'humanité semblent abolies. Stephane Bourgoin consacra deux ouvrages à l'affaire du Dahlia Noir. Dans le premier, il se questionne pertinemment sur plusieurs possibilités, dans le second, paru après celui de Steve Hodel, il s'inscrit en faux face à la théorie George Hodel et désigne coupable le mystérieux Boucher de Cleveland dont il affirme avoir découvert l'identité. 
Le redoutable tueur en série auquel on imputa le massacre d'une quinzaine de victimes, serait un dénommé Jack Wilson, décédé en 1982 dans l'incendie de sa chambre d’hôtel, alors que la police s’apprêtait à l'interpeller, après qu'il se soit confessé au journaliste John Gilmore en donnant des détails jusque là gardés confidentiels par les autorités. Une théorie qui en vaut une autre, même si comme à chaque nouvel ouvrage, le nombre de questions soulevées dépasse celui des réponses concrètes. La première qui me chagrine étant de savoir pourquoi il s'est écoulé plus de dix ans entre ses confidences et son éventuelle, mais probable, arrestation ? La seconde de connaître la motivation de Stephane Bourgoin à soudainement accuser l'un de ceux dont il avait lui-même écarté la piste dans son précédent ouvrage. Il y aurait-il une part de jalousie possessive dans le cœur de chacun de ceux qui enquêtent sur l'implacable destinée de la troublante Elizabeth ?



Ainsi va l'affaire du Dahlia Noir sans jamais réussir à s'extraire des limbes. Combien d'esprits Elizabeth Short hantera t-elle encore avant que l'on accepte d'abandonner son martyre à l'impuissance de notre ignorance ? La seule certitude est l'éternelle impunité de son bourreau, sur cette terre du moins. Jamais ce monstre n'aura eu le courage d'afficher aux yeux du monde le visage du mal à ce point personnifié. Et de nous laisser désappointés, cherchant une trace de beauté subsistante dans ce corps mutilé, afin qu'échoue l'immonde entreprise, que ressurgisse du néant l'innocente séduction d'une jeune femme de 22 ans dont la malédiction n'a de cesse de nourrir une abyssale histoire dont elle est irrémédiablement absente.

Hugo Spanky 

16 commentaires:

  1. Il faut toujours se méfier des conclusions hâtives mais le coup, toutes ces concordances sont vraiment frappantes. Quoi qu'il en soit, l'affaire a visiblement été étouffée, et il va être de plus en plus compliqué avec le temps qui passe et les témoins qui trépassent, de désigner enfin le nom du (ou des) coupable(s).
    J'arrête pas de faire des aller-retour entre les photos mais effectivement la ressemblance avec Meret Oppenheim est vraiment frappante... aurais-tu levé un lièvre ? Tadaaaamm !

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    1. Oui, ça me semble évident que la femme sur les photos du carnet (notamment celle que j'ai remis entre George Hodel et Man Ray) est la même que celle qui lit allongée avec le minou à l'air. A savoir Meret Oppenheim et non Elizabeth Short.
      Bon, ça ne change rien au faisceau de preuves réuni par Steve Hodel. De plus, la personnalité et les connaissances de George Hodel concordent parfaitement avec le profil du tueur. Il me semble indéniable que l'auteur du meurtre connaissait l’œuvre de Man Ray (ce qui à l'époque écarte quand même pas mal de monde).
      Aussi aberrant que soit le résultat, aussi choquante que soit l'idée, je pense qu'il y a vraiment une volonté artistique dans le traitement infligé au cadavre d'Elizabeth Short. Il y a aussi dans le mode de son exécution tout le mépris égocentrique qu'un esprit supérieur peut avoir pour un autre plus faible et bien moins cultivé. L'histoire d'Elizabeth Short, fille à soldat en quête du prince charmant, faute d'avoir pu accéder à son rêve de celluloïd, a tout de la Blanchette chère à Alphonse Daudet. Sans doute, est-ce dans cette partie infantile de notre subconscient qu'il faut chercher l'origine de l'émotion que nous ressentons envers cette jeune femme massacrée il y a 70 ans de ça, en janvier 1947.
      Paradoxalement, tout ça m'a donné envie de me plonger plus en profondeur dans Les Surréalistes et le mouvement Dada qui en plus d'être largement précurseurs de l'esthétique Pop me semblent avoir abrité une sacrée bande de tarés en tous genres.
      A suivre ))))

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    2. Où quand l'art dérangeant amène au crime le plus sordide; ça fait froid dans le dos toutes ces similitudes en effet.

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    3. Et tous ces salopards meurent de vieillesse, protégés la haute sphère, ça me colle les nerfs grrrrr !!

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  2. ... Et le pire dans l'histoire c'est qu'on (je!) se réfugie derrière la fiction pour supporter. Le mystère, l'intrigue alimente des littératures tel Clive Barker (Coldheart Canyon). Ce sont les ingrédients qui me sont nécessaires pour supporter le sadisme brutal. Des horreurs pareils cela ne peut être que de la fiction, des contes urbains. Dans la vie cela n'existe pas, hein? Et si ce n'était en fin de compte qu'n accident de la route maquillé en scène macabre pour détourner les soupçons. A-t-on enquêté du côté des chauffards? Oui, c'est forcément ça. Voilà, ça va mieux, j'attends ma dulcinée et nous ouvrir une bonne bouteille de rosée ou de bière... voilà, voilà... Bon, je te laisse

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    1. Je pencherais plutôt pour l'accident domestique. Cette pauvre Elizabeth était si maladroite, qu'elle a très bien pu se couper toute seule. Le brave docteur Hodel a surement voulu tenter de la sauver, hélas il n'avait plus de fil de suture pour lui faire des points. Quand ça veut pas, ça veut pas.
      D'ailleurs c'est à peu près la conclusion des enquêteurs de l'époque.))))

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  3. Ça plombe l'ambiance ... Et ces histoires d'incestes qui ne sont, hélas, pas des cas à part. Il y a de drôle de trucs qui gravitent autour de l'univers Hollywoodien. Ça pue.

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    1. Si seulement ça n'était qu'à Hollywood. C'est vrai que dans les années d'après guerre, Los Angeles était devenue l'anti-chambre de l'enfer, mais malheureusement ce genre d'état d'esprit voyage bien, sitôt que les égos sont démultipliés. L'ivresse du pouvoir, aussi médiocre soit-il, la petite puissance du minable dès qu'il a de quoi payer, elle joue aussi les touristes du côté de la Thaïlande. Des George Hodel qui redeviennent Monsieur tout le monde en même temps qu'ils retournent à l'usine après leurs trois semaines de débauche tarifée, on doit en croiser plus souvent qu'on ne le pense.
      Si ça peut en mettre mal à l'aise ne serait-ce qu'un qui tombera sur ses quelques lignes, alors ça n'aura pas servi à rien.

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    2. Malheureusement, je suis totalement d'accord avec toi.
      Étonnement, cela ne paraît pas inquiéter, ni même émouvoir, "nos" journalistes. Cela malgré quelques - très rares -témoignages.

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  4. Certes on réclamait (je réclamais ...) plus de femmes à poil dans tes posts mais bon si c'est pas trop te demander ce serait bien qu'à l'avenir elles soient en un seul morceau.

    A part ça que dire ...

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    1. J'ai pensé à toi en sélectionnant les photos, je me suis dit qu'effectivement c'était une drôle de façon de répondre à la demande. Promis, pour mon prochain papier, j'évite de parler de Marie Antoinette.))))
      Elle me tenait à cœur depuis longtemps, la triste histoire d'Elizabeth Short, surement quelque chose qui m'est resté en travers de la gorge depuis La petite fille aux allumettes.
      C'est ma façon d'allumer un cierge pour que même 70 ans après, on ait une petite pensée pour cette jolie fille des sombres rues aux cheveux fleuris.

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    2. Moi même je ne sais pas pourquoi elle me fascine tant cette histoire.
      Le talent d'Ellroy pour commencer, Garnier et son LA aussi.

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    3. Ce qui nous amène à nous demander pourquoi elle fascine Ellroy et Garnier. Je crois qu'on touche aux limites de l'esprit humain avec le sordide de cette histoire, de par la faiblesse de la victime et la cruauté de l'exécution. On devine qu'il y a eu là dedans une grande part de jouissance, le tueur a tout fait médicalement pour garder Elizabeth Short en vie le plus longtemps possible.
      Notre fascination nait de la dualité propre à l'être humain, entre protection du faible et loi de la jungle. Et ce droit que l'on s'arroge individuellement de placer le curseur de la justice et de la décence là où ça nous arrange. La morale, le civisme, les religions ont cherché à encadrer l'être humain, à le civiliser à coups de menace surnaturelles ou plus simplement punitives. Avec le Dahlia Noir on a un bon exemple de ce que cela donne lorsque l'un de nous s'affranchit de toutes les règles. On en a un autre avec ce que l'on vit en ce moment comme barbaries quasi quotidiennes.

      Et puis, aussi affreux à dire que ce soit, c'est une foutue bonne histoire. Elle garde suffisamment de zones d'ombres pour que chacun y projette ses propres répulsions et fantasmes, et, luxe suprême, elle réunit l'ingrédient féminin que l'on a vite fait de suspecter d'être tentatrice (comme pour Jean Harlow) et l'ingrédient du mâle dominant dans toute son arrogance. Le cocktail qui déclenche les pulsions primitives, puisque qu'on est tous génétiquement programmés pour tuer le mâle dominant...afin de mieux prendre sa place.

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    4. Si elle a tant fasciné Ellroy c'est avant tout parce que cette affaire sordide lui rappelait le meurtre également inexpliqué de sa mère. Gros trauma chez le père Ellroy qui explique bien des choses à son comportement borderline.

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    5. D'autant plus que selon l’enquête menée et publiée par Steve Hodel, il y a de fortes probabilités pour que son père soit également l'assassin de la mère d'Ellroy (qui d'ailleurs préface le livre en question).

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  5. Je ne connaissais pas cette histoire. Effectivement, c'est à la fois bouleversant et terrifiant. Les photos du cadavre sont à la limite du supportable.
    Théorie toute personnelle : ce crime a eu lieu il y a exactement 70 ans. Imaginons que l'assassin ait eu à peu près l'âge de sa victime — disons entre 20 et 25 ans — il pourrait donc logiquement être encore en vie et se la couler douce dans une maison de retraire californienne, entouré de jeunes infirmières aux cheveux noirs.

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