dimanche 14 janvier 2018

JoHNNY HaLLYDaY



Féru de réincarnation, le criminel texan Gary Gilmore, exécuté pour meurtres le 14 janvier 1977, offrit ses organes à la médecine afin de survivre à travers d'autres. Quelques mois plus tard, sur le single Gary Gilmore's eyes, le chanteur des Adverts  imagine avoir subi la greffe de ses yeux, dorénavant son regard effraie et lui fait percevoir la vie tel que le fort psychotique meurtrier la percevait. Ses yeux sont fous. Une idée pertinente tant notre perception des choses dépend du prisme par lequel on les reçoit. La culture, l'éducation, les gènes sont parmi les filtres qui font que l'on nuance ensuite l'information reçue, qu'elle devient notre à travers l'interprétation que l'on s'en fait. C'est notre part d'humanité, ce qui nous distingue de la machine, ce qui fait que les robots, les ordinateurs restent des outils à notre service. C'est aussi notre caractéristique la plus encombrante. Celle que l'on s'efforce de nous faire gommer à coup de pensée unique, de politiquement ultra correct, de retweet décérébré, de soumission volontaire.

La mort de Johnny Hallyday nous en a donné un bon exemple. Si les médias nous ont vendu l'hommage populaire comme un symbole d'unité nationale de plus, il en fut bien autrement sur les réseaux sociaux, royaume de la révolution sur canapé. Là où la parole du premier définie la pensée des suiveurs. D'abord, ce fut les impôts. Un grand classique. Entendre les discours offusqués par l'évasion fiscale du chanteur me donne une furieuse envie de demander à chacun de ces honnêtes contribuables de quelle façon ils boycottent Google, Apple, Amazon et autres adeptes du tourisme offshore. Ensuite ce furent ses propos qui passèrent sur le grill. Assurément ceux d'un abruti pris en charge tout au long de sa vie. Par qui, par quoi ? Nul ne sait. Les francs-maçons sans doute. Par chance, les hostilités furent vite enterrées par le rouleau compresseur de l'information en continue, les gourous du comment vivre libre selon leurs règles imposées s'étaient déjà vu dicter de nouveaux combats. Pensez donc, Friends serait un plébiscite pour l'Amérique de Donald Trump et Tex un dangereux fou furieux.

Entre deux crises d'un rire nerveux qui finira par me coller un ulcère, il m'est apparu, non pas Johnny descendu de sa croix, guitare en bandoulière, Gitane à la main, mais qu'aucun triste sire n'avait pris le plaisir d'évoquer l'essentiel de ce clivant personnage : sa musique. Donc.


Avant même d'évoquer le moindre de ses innombrables singles, débarrassons nous du thème rock ou pas rock. Johnny Hallyday a pour phare revendiqué Elvis Presley, et on le sait grâce à l'intelligentsia, Elvis Presley n'est pas rock. Par un cheminement de l'esprit qui leur appartient, les grands penseurs, dont je me suis épargné de faire partie, ont établi que non, ou du moins plus après Sun records, ou l'armée, ou le mariage, ou Hollywood, ou Las Vegas, ou les costumes Nudies, ou la graisse sur les hanches, quoiqu'il en soit, non, Elvis Presley n'était pas rock. 
C'est très bien, de fait je peux me targuer d'être un homme ouvert à toutes les musiques, de n'être pas un benêt sectaire mais au contraire un être susceptible d'apprécier une variété (aïe, le mot est lâché) d'arrangements et d'orchestrations puisant aussi bien du côté des mariachis d'east L.A que de Gerschwin. Merci à eux.

Ceci établi, je mets mon masque, mes palmes et mon tuba et je plonge tête baissée dans le flot de 45 tours que constituent les premières années de l'idole, puisque jusqu'à 1966 et La Génération Perdue, les albums de Johnny furent principalement des recueils de E.P. Ainsi même le fort renommé Les Rocks Les Plus Terribles, à juste titre vanté comme étant un de ses plus essentiels 33 tours, est une compilation de 3 E.P paru au fil des premiers mois de 1964. Et qu'importe si Les Rocks Les Plus Terribles sont en réalité de la bossa nova, ils sont la base de tout ce qui suivra. Les fondations de l’œuvre la plus pharaonique du répertoire hexagonal. Avec les Showmen de Joey Greco, guitariste italo-new yorkais -sans doute incapable de trouver du travail dans son pays- Johnny dispose pour la première fois d'un véritable groupe. Terminé les orchestres assemblés en pénurie, conglomérats de musiciens bedonnants ne craignant pas trop pour leur réputation de jazzeux en s'affichant derrière l'agité. C'est qu'en 1959, lorsqu'à lui seul il prend d'assaut le Fort Drouot, ils ne sont pas nombreux, à Paris, à savoir comment s'y prennent Cliff Gallup et Scotty Moore pour écharper les bonnes âmes. Par chance, ils sont depuis des milliers, derrière leurs écrans, pour nous l'expliquer.


Johnny, lui, il s'en tamponne le coquillard si les premiers de la classe ne pigent rien à Maudite rivière, cette chanson en mémoire de son premier tumultueux amour, Patricia Viterbo morte noyée dans la Seine. Joey Greco fait un travail aussi minimaliste que sublime sur ce bijou d'émotion pudiquement niché en face B du 4 titres Johnny lui dit adieu. Ce n'est qu'en 1974 sur la double compilation Super Hits que Maudite rivière sera éditée sur un album, au milieu d'autres singles indispensables Excuse moi partenaire, Quand revient la nuit, Le pénitencier, Pour moi tu es la seule... Elles sont démentes toutes ces doubles compilations Philips des 70's, au même titre que les huit volumes Impact. Elles permettent de retrouver faces B et classiques jusque là souvent inédits en 30cm.

Mais pour ce qui est d'un album enregistré comme tel, pensé et conçu comme tel. Avec unité de son et construction savante, c'est en 1969 que Johnny Hallyday décoche son premier coup dans le mille avec Rivière Ouvre Ton Lit. Bien sur, La Génération Perdue avait magnifiquement déblayé la voie dès 1966. Bien sur, Jeune Homme avait distribué les uppercuts dès 1968 en alignant Mal, A tout casser, Je n'ai jamais voulu croire, Au pays des aveugles. Bien sur, Johnny enregistrait déjà à Londres, faisant figure de pionnier européen, lui qui enregistrait déjà des hits tandis que les Rolling Stones n'étaient encore qu'un fantasme, que les Beatles se rongeaient les nerfs derrière Tony Sheridan. Quoiqu'en disent ceux pour qui il n'est rien, Johnny Hallyday vit au rythme du monde depuis sa naissance, bourlingué de ville en ville, de pays en pays, présent sur une scène depuis qu'il tient debout.

Pour les sessions londoniennes de Rivière Ouvre Ton Lit, le chanteur recrute Steve Marriott et Ronnie Lane, deux membres des Small Faces qui viennent de faire paraître Ogden's Nut Gone Flake, mais aussi Peter Frampton avec lequel Steve Marriott va dans les mois suivants former Humble Pie. Avec les deux Small Faces, Johnny Hallyday grave l'apocalyptique Voyage au pays des vivants (je ne recommencerai jamais ce que j'ai faiiiit, nooon) et le définitif Je suis né dans la rue. Deux titres qui dévastent de par leur déflagration tout ce qui voudrait s'y comparer. Avec Peter Frampton, il finalise Réclamations, Amen et Regarde pour moi. En plus des anglais, Johnny est encadré par ce qui restera son groupe le mieux soudé et le plus farouchement puissant, les Blackburds de Mick Jones, Jean-Pierre Rolling Azoulay et Tommy Brown. A dire vrai, avec ceux là, il peut se passer de tous les autres. Jimmy Page, Brian Auger, Steve Marriott, qui vous voulez. Avec ou sans invités aux noms prestigieux, le groove est profond, sourd, les guitares jaillissent de toutes part, prennent d'assaut l'auditeur en s'extirpant des limbes du mixage pour venir lacérer à pleines griffes les pulsations des membranes. Rivière Ouvre Ton Lit est un des rares albums quasiment dépourvu de cuivre de Johnny, les guitares y sont souveraines, ne laissant qu'un maigre espace durement gagné à l'orgue Hammond. D'un bout à l'autre, le 33 tours est fougueux comme un cheval sauvage, dès l'ouverture avec Rivière ouvre ton lit Johnny se pose en hurleur, saute à la gorge des mots comme Roger Daltrey sur Live at Leeds, feint l'abattement pour mieux remonter au front, distribue gifles et coups de boule, sort les chaines, tranche ses propres chairs devenue trop douloureuses. Les trips d'acide, l'alcool, la fille à qui il pense, tout s'embrouille, le sol se dérobe, il se cramponne à son micro, le visage fouetté par l'orage. La rivière de la chanson est une femme de mauvaise vie, à moins qu'elle ne soit cette poudre blanche qui fait ses premiers ravages parmi les rangs de ses amis. Bientôt Jimi Hendrix sera mort, bientôt Londres sera désertée, les trottoirs seront abandonnés aux zombies. Johnny veut jouer avec sa vie, il n'a pas besoin de personne pour l'aider, c'est encore dans les sillons de ce noir 33 tours qu'il l'affirme haut et sombre.
Faites ce que vous voulez de vos dimanches de pluie, mais venez pas me causer de musique si vous ne vous êtes jamais fait péter les tympans à cette source là. 
En parallèle à l'album, Johnny Hallyday sort en single une chanson qui n'y a pas trouvé sa place : Que je t'aime. C'était ainsi alors, la créativité n'était pas d'imaginer différents formats pour vendre les mêmes chansons. 



L'année suivante, le chanteur fait presque aussi fort avec son album suivant, Vie. Si il a été souvent raillé pour son rattachement tardif à la cause hippie, il n'empêche que Vie aborde certains des sujets fétiches de la génération des fleurs avec moins de naïveté et plus de clairvoyance que n'en auront bien des écologistes encartés. Vie, c'est la rencontre avec Philippe Labro, journaliste devenu parolier pour que son goût de la poésie puisse épouser les thèmes d'actualité. C'est aussi le premier album sur lequel Johnny regarde l'Amérique dans les yeux et non plus à travers une vision romantique inspirée par les amours brisés du Rhythm & Blues. Vie est un album désillusionné, une prise de contact avec la réalité de l'Amérique blanche, un grand écart entre les cultures chères au chanteur, les orchestrations puissantes de Jean-Claude Vannier (Essayez, Poème sur la 7eme, Deux amis pour un amour, Lire dans tes yeux), le patchwork Folk Blues du Dylan irrespectueux de Blonde On Blonde (Pollution, Dans notre univers, Jésus Christ), le Rhythm & Blues tapageur (Le monde entier va sauter), la brutalité crue (Rendez moi le soleil, C'est écrit sur les murs) et la Country avec La fille aux cheveux clairs.



Après Vie, toujours soutenu par ses Blackburds, Johnny Hallyday recrute Gary Wright, organiste de Spooky Tooth, pique Bobby keyes et Nanette Workman aux Rolling Stones de Let It Bleed, Jim Price aux Mad Dogs de Joe Cocker et Leon Russell, place Chris Kimsey derrière la console et grave ce qu'il considère comme son meilleur album, Flagrant Délit. Et le fait est que de Fils de personne à Tant qu'il y aura des trains chercher les temps faibles n'est pas une sinécure. Aéré dans sa production, superbement capté dans la prise de son, avec ses chœurs et son feeling résolument sudiste, proche de la mouvance Delaney & Bonnie, Derek and the dominos ou des arrangements que Leon Russell créa pour la tournée Mad Dogs and Englishmen de Joe Cocker, Flagrant Délit aligne les moments de bravoure sur lesquels Johnny Hallyday peut se déchainer sans entrave. Cela semble si évident que j'en oublie de le dire, mais quel putain de chanteur !
Écoutez le empoigner comme un stentor la Delta Lady (Fille de la nuit), Si tu pars la première, Fils de personne mais aussi l'ultra sexiste La loi (même Tex ne s'en remettrait pas))) ou Que j'ai tort ou raison. Et lorsqu'il se fait charmeur c'est pour mieux embobiner sa jolie Sarah ou mettre le pied au plancher sur deux thèmes Country aussi nerveux qu'épuré, Il faut boire à la source et L'autre moitié

Moins virulent, mais non moins réussi, Country, Folk, Rock en 1972 retrouve l'esprit de diversité qui animait Vie. Si la dominante est soit Country Folk (Hello USA, Ma main au feu, Joe la ville et moi) soit dans l'esprit de Flagrant Délit (Tu voles l'amour, Rien ne vaut cette fille là, Viens le soleil), on y entend aussi du Blues (Tomber c'est facile) et de surpuissantes orchestrations de variété  que le chanteur affectionne de défier depuis Que je t'aime. Comme si je devais mourir demain est ainsi le point d'ogre d'un album par ailleurs fréquemment laidback.



Dix moi plus tard, en Avril 1973, Insolitudes vient resserrer les boulons. Enregistré avec la même équipe que son prédécesseur, Insolitudes délaisse l'acoustique Folk, mais conserve une large palette de couleurs. C'est un de mes disques préférés de la discographie d'Hallyday, il vieillit sans encombre, se découvre sous un jour nouveau selon l'humeur et le climat, jamais il ne laisse en carafe. C'est l'album de Toute la musique que j'aime, celui du Funk New Orleans rageur (Le feu) ou menaçant (Moraya), celui de l'adaptation du Suspicious minds de Presley (Soupçons), de la mise au point de la formule qui amènera très vite Requiem pour un fou et Derrière l'amour puis toute une palanquée de hits qui n'appartiennent qu'à lui (Comme un corbeau blanc), celui où il s'approprie la Country (Tu peux partir si tu le veux, J'ai besoin d'un ami, Le droit de vivre) et ne roule des mécaniques qu'à bon escient (Le sorcier blanc).
Insolitudes, c'est Johnny qui se remet sur les rails après avoir frôlé la sortie de route. Nanette Workman a été renvoyé aux States après que l'histoire d'amour a viré au cauchemar toxique. Si ces deux là ont touché au sublime en se partageant le single Apprendre à vivre ensemble, ils ont aussi atteint les tréfonds de la psychose en jouant d'un peu trop près à qui se brulera la cervelle le premier. Le Johnny Circus a mis à mal toute la machinerie, le fiasco financier de cette  anarchique tournée, impeccablement restituée par le documentaire J'ai Tout Donné de Jean-François Reichenbach, interdit dorénavant au chanteur de s'éloigner des studios. La banqueroute est totale, la consommation de came et d'alcool crève le plafond, le fisc frappe à la porte, les nuits blanches régalent les sangsues, Sylvie s'exile avec David à Los Angeles pour fuir le maelstrom. Et Johnny chante comme s'il allait mourir demain, dépossédé de tout, dévasté, ravagé, à genoux mais vivant, roulé en boule dans sa sueur, accroché à cette foule qui se presse dans l'obscurité pour ne pas être définitivement seul. Désespéré. S'il s'arrête, il chute.



Alors il part à Rome, enregistre deux chansons, Je t'aime, je t'aime, je t'aime et Prends ma vie, dans les catacombes de la Basilique du Sacré Cœur Immaculé de Marie et s'en remet à sa bonne étoile. On aime ce Johnny là ou on passe son chemin, c'est ambitieux, ça déborde des cadres, les grandes orgues de l'église romaine donnent le ton. Cette approche mêlant solennel et profane aboutira au double album conceptuel Hamlet deux ans plus tard, un disque à situer quelque part entre Quadrophenia et Starmania. Entre temps, Mick Jones sera parti former Foreigner, peu avant que les Blackburds ne soient définitivement rangés dans la malle aux souvenirs.
En attendant d'en arriver là, l'album de 1974, Je t'aime, Je t'aime, Je t'aime, cautérise les plaies et conclut en demi teinte la période la plus aboutie de sa discographie, celle durant laquelle il s'est impliqué comme jamais plus ensuite dans la création de sa musique. Aux deux péplums gravés à Rome s'ajoutent dans la même veine orchestrale, dirigée par Gabriel Yared, Je construis des murs autour de mes rêves et dans un registre tout aussi orchestré mais nettement moins lyrique les percutants Hey Louisa, Trop belle trop jolie, Danger d'amour et Le Rock'n'roll. Le reste du disque montre un essoufflement de la formule Country et s'avachit dans l'ordinaire. 

Qu'à cela ne tienne, galvanisé par son retour sur scène qui se profile enfin à l'horizon, Johnny Hallyday va se tourner vers le répertoire des classiques du Rock'n'Roll originel et se forger en trois albums basiques comme un poing en travers de la tronche (Rock'n'Slow, Rock à Memphis, La Terre Promise) un répertoire aux pectoraux saillants pour ravir un public avide de sensations fortes. Puis il se réinventera une fois encore avec Derrière L'Amour. Et l'histoire recommencera, encore et toujours. Oui, toujooouurs.

Hugo Spanky
A suivre...

samedi 6 janvier 2018

36 CHaNDeLLeS

La journée semble commencer dans le calme et l'ordinaire, tout baigne. Pas de clip qu'a rien à foutre là, sur les chaines infos. Un frisson en apercevant les noms de Ringo Starr et Barry Gibb sur le téléscripteur. On en est là, la crainte a remplacé l'excitation à l'apparition des noms des idoles, on ne se demande même plus si c'est pour annoncer un nouvel album ou une tournée, sitôt qu'on en voit un à l'écran, on sait ce qu'il en est. Sauf que pas cette fois. Le Beatles rigolard et le Sergent Bee Gees ont été honoré par la reine. C'est la norme dorénavant pour les anciens combattants des sixties. On fait quoi ? On les applaudit ? On les aime ces mecs là, on est qui pour faire des reproches ? Ils n'y sont pour rien si y a dégun pour nous dessiner un nouvel horizon à atteindre. Une œuvre pour nous accompagner face au mistral, un bachi-bouzouk pour se perdre en dehors des clous. Une inspiration. Ça fait un bail qu'on n'a pas eu ça. Depuis quand ? Dis nous le, 7red, la dernière fois, c'était quand ?




A l’aube de 81, 1981, on découvrait cet album, ces trois galettes, ces six faces pour trente-six chandelles qu’était Sandinista.
A l’aube de 18, 2018, malgré une légère intervertisserie dans les chiffres, je découvre cet ouvrage, ces trois livrets pour trente-six nouvelles, autour de  
Sandinista.
L’idée est plutôt pas dégueu et, près de quarante piges plus tard, on en parle encore, on le respire encore, la bande à Onc’ Joe est toujours présente, travaille toujours l’esprit et stimule musiciens comme écrivains… 
Sorry Dja, on n’en finira jamais !!


Sandinista, ze book, trente-six nouvelles, trente-six auteurs et pas loin de trente-six façons d’appréhender l’bazar. Tout comme l’album, l’original, cui des loulous de Camden Town, au premier abord, quoi c’est ça, comment attaquer ça, comment j’m’y prends moi ? Ben comme l’album, comme tu veux !
On l’a essayé mode conventionnel, morceau par morceau, suivant l’track listing, face A,B,C,D,E,F. Puis par titres préférés, puis à l’envers, ce qui avait quand même le don de remettre des titres à l’endroit, puis en mode aventure, piochant ici et là de quoi s’contenter, s’éclater ou des fois se perdre. Trente-six titres, trente-six nouvelles, à moins d’êt’ à un repas d’famille dans l’Gers, on n’est pas obligés d’tout claper à s’en faire péter la ventrèche !

Des nouvelles, je n’ai pas encore tout lu hein.., y’en a des vraiment très bonnes, d’aut’, faudra y rev’nir. Des fois elles collent aux titres des chansons, des fois non, ou j’ai rien compris. Un peu l’même dilemme que devant le disque et du coup les mêmes questions, son utilité, sa longueur et tutti quanti, la même que j’vous dis, et probablement la même réponse, chacun s’exprime comme y veut, et de toute façon, tout aimer de but en blanc, c’est louche, ça peut pas vraiment durer, sauf pour un benêt serrurier noirisant qui dit les mots du disque sans en ressentir le jus. 
Trente-six chandelles ça laisse de quoi se régaler, certaines, surement, prendront leur place avec le temps, ou pas, et ce n’est pas l’plus important !



En fait c’est plutôt chouette de trouver ça coincé dans ses pompes au pied du sapin, joli ouvrage bien présenté,  avec sa pochette tout de rouge et noir, image d’une charmante guérilleros équipée fusil électrique et guitare mitrailleuse, contenant les trois volumes de nouvelles, eux aussi, joliment ornés d’illustrations qui directe nous replongent fin 80 début 81, tranche d’histoire et harrington équipé 16 Tons, vraiment touchant.

Après, c’est le plongeon dans la lecture et là encore, c’est excellent, trente-six chandelles, trente-six histoires et du coup, trente-six raisons de rejouer encore et toujours ce disque qui n’a visiblement pas fini de nous transporter.

7red


mardi 5 décembre 2017

I'm DYiNG uP HeRe



Tandis qu'en France Romain Bouteille permettait l'éclosion de la troupe du Café De La Gare, qui mènerait plus tard à celle du Splendid, à New-York le Catch A Rising Star de Rick Newman offrait un espace de liberté aux improvisations bileuses des orphelins de Lenny Bruce. Et s'il peut paraître ardu de comparer Christian Clavier à Bill Murray, ce n'est qu'à nous qu'il faut s'en prendre. Si nos grands noms de la comédie sont aussi ringardisés, s'il ne reste plus de Coluche que les restos du cœur, c'est parce que l'on a accepté de les voir se faire limer les crocs par le doux ronron de l'amitié politique. Pour un peu, on les aurait encouragé.
Quarante ans plus tard, nous en sommes à subventionner la médiocrité, tandis que les américains ont créé un modèle économique à partir de la crapuleuse et ultra underground Channel One de Chevy Chase, jusqu'au rayonnement dorénavant international du Saturday Night Live. Pardonnez moi si je trouve plus de cohérence à ce qu'une chaine de télé appartienne à Bolloré plutôt qu'elle soit sous dictat de Mitterand. Qu'elle donne à voir l'original US plutôt qu'un ersatz édulcoré de tous sens, fusse t-il estampillé création française. On se fade Jamel Debbouze sur le canapé de Drucker, on nous vend du frisson chaque fois que Joey Starr balance une ânerie bien inoffensive, mais je n'ai encore jamais vu une dent de lait rompre la pierre et ils ne sont pas nombreux à se réclamer de Thierry Le Luron



I'm Dying Up Here est une série Showtime consacrée à l'origine de la prise de parole de la contre culture américaine. Ce besoin soudain irrépressible de parler de soi, de laisser une trace avant d'aller se faire exploser au Vietnam, de s'overdoser dans un chiotte ou de ramasser le sida en noyant sa solitude dans le nombre. Et pour que la trace soit indélébile, il fallait que la lame pénètre au plus profond. La naissance du stand-up n'est pas à mourir de rire. I'm Dying Up Here restitue une réalité qui se moque de la frilosité, qui se contrefout de la faible étanchéité des parois de notre liberté d'expression. L'existence dans notre pays d'un CSA plénipotentiaire, qu'une large partie de nos arcboutés défenseurs des valeurs de gauche applaudit à tout rompre pour si peu qu'il s'acharne à faire taire sa tête de turc du moment, ne doit même pas effleurer l'esprit du producteur de la série, Jim Carrey. La parole, il n'a jamais levé la main pour la prendre.
I'm Dying Up Here arrive à point nommé pour nous rappeler qu'il existe un ailleurs. Un autrement. Les pyromanes du stand-up américains ne sont pas de ceux que l'on flatte sans méfiance, leur irrespect n'est pas plus négociable que leur impudeur fondatrice. Si je m'amuse à ce parallèle, ce n'est que par ras-le-bol de l'anti-américanisme moralisateur ambiant. Que l'on regarde de plus près de qui se réclament ceux qui incarnent l'insoumission révolutionnaire française avant de s'afficher sentencieux envers Trump. Que l'on prenne bien le recul nécessaire à la mise au point de l'objectif avant de faire une photo des médias qui nous informent. Et qu'on ne vienne pas emballer de nostalgie mes souvenirs, si je les garde vivaces, ce n'est pas pour manger mon assiette de nouilles sur une table en formica, c'est pour ne pas perdre la mesure de ce dont on nous prive, pelure d'oignon après pelure d'oignon. Sans qu'aucune voix ne parle d'autre chose que de regarder ailleurs. Le petit jeu qui vise à domestiquer l'agitation en infantilisant son origine ne fait qu'endurcir la réplique. Et tous ne seront pas assez cons pour frapper les leurs.


I'm Dying Up Here, c'est la vérole des années 70 qui s'accroche à sa pulsion de vie sans remplir de dossier associatif, sans tendre la main. Pas de médaille de L'ordre du mérite dans leurs ambitions, leur principal mérite serait plutôt de préserver le désordre. Merci à eux. Les David Brenner, Richard Pryor, Billy Crystal, Robin Williams, Chevy Chase, Gilda Radner, Bill Murray, Bette Midler, John Belushi, les Cheech & Chong, Eddie Murphy, Richard Belzer. C'est leur histoire, celle des pionniers du strip-tease psychothérapeutique. Du dérapage verbal largement incontrôlé, jamais infondé. Même si on en a reçu qu'un faible écho, s'il a fallu qu'on traque les VHS dans les sous sols des vidéo-clubs, ça valait le coup de bosser notre anglais pour piger les double sens, le vice dans le second degré. Il n'y avait pas de courbette qui soit suffisante pour accéder au Tonight Show de Johnny Carson, seulement l'impitoyable sélection naturelle. Combien de temps peut-on s'accrocher à un rêve qui vous garde ventre vide ? De par son titre, I'm Dying Up Here donne une idée de la réponse.


En s'emparant de la moindre scène, du moindre espace vital pour cracher leur venin, dresser leur satire, s'exposer à nu et au delà, ils ont fait ce qu'aucun de nos rockers concernés n'a jamais fait, plonger à pleines mains dans l'estomac grouillant de vers de la pourriture humaine. Revendiquant ce que les mœurs cachent sous le tapis, affichant les perversions de l'élite tout en désignant la lâcheté de la masse. Sans épargner personne, en s'incluant dans le lot. Certains n'y auront vu que comédie, d'autres une raison d'espérer.  I'm Dying Up Here réussie là où The Deuce s'est pitoyablement ramassé, raconter ce que les seventies ont eu de fondateur avec un talent qui rassure sur la vitalité de leur héritage.

Hugo Spanky



I'm dying up here, j'ai dévoré il y a tout juste une semaine les 10 épisodes qui constituent la saison 1.
C'est peu de dire que les débuts du stand-up se sont fait dans les larmes et ont laissé des cadavres au bout du chemin. En ce sens cette série montre de façon on ne peut plus réaliste que tous ces comiques avaient la rage au ventre, que derrière la blague se cache un discours pertinent envers les travers de leur époque.
Pour autant, aussi incontrôlables qu'ils furent, ils ont dû avaler bien des couleuvres afin de pratiquer leur art.
Ce show T.V. révèle un large panel de comiques: une tête de lard cabossé, Billy; un mexicain adepte du coup bas, Ramirez; un mastodonte revenu du Vietnam à qui il ne faut surtout pas la faire, Ralph; une Texane qui a bien du mal à trouver sa place dans un milieu si machiste, Cassie, et des petits jeunots qui veulent faire leur trou, Ron et Eddie, qui, sans un sou, doivent loger dans un placard en attendant des jours meilleurs, ainsi qu'un petit black tout fier qui ne veut rien lâcher, Adam. Sans oublier celui qui saborde son hypothétique réussite dans la dope à cause d'une relation amoureuse toxique qui le tire vers le bas, Nicky.
Tout ce beau monde est chapeauté d'une main de fer par une tenancière de club bad ass, Goldie, assistée dans sa tâche par un dingue total, Arnie. Melissa Leo, qui nous avait déjà ravi dans Treme, tient là incontestablement le rôle de sa vie tant elle marque les esprits de part son interprétation hors pair.
De toute manière, comme d'habitude avec les série U.S. de qualité, c'est tout le casting jusqu'au moindre rôle secondaire qui est à louer. 


 
A travers le parcours de ces personnages attachants, c'est l'histoire des USA dans les 70's qui nous est contée : l'émancipation féminine, la place des vétérans du Vietnam au retour du conflit, la montée en puissance des shows T.V. comiques, le conflit générationnel entre les parents et leurs rejetons, le racisme larvé, les rêves qui se brisent sur la dure réalité d'un quotidien avilissant, etc.
Malgré le large éventail d'idées brassées, rien n'est jamais appuyé de façon lourdingue tant les scénarios des différents épisodes sont d'une extrême finesse. Aussi tragique (Billy et son père) qu'hilarant (quand vous verrez LA scène où les deux gugusses du placard invitent deux donzelles au restaurant alors qu'ils n'ont qu'une misère en guise de paiement, croyez-moi, vous allez vous pisser dessus de rire !), cette série est tout simplement brillante.
A tel point qu'une fois que vous l'aurez terminée vous n'en pourrait plus de devoir attendre la deuxième saison qui est d’ors et déjà programmée. Et si vous avez encore des envies de percer dans ce métier une fois arrivée à son terme; que vous êtes prêts à crever la dalle, à subir les pires tourments et humiliations alors il n'y a pas en douter vous êtes fait de l'étoffe de ceux qui peuvent éventuellement percer dans ce milieu de dingues.
Car, putain, être un comique de renom ça se mérite voilà la leçon que l'on peut en tirer pour sûr . 

Harry Max